médias quinquennat sarkozy | 8 décembre 2007 | Raphaël Anglade
La France s’est émue du colis piégé adressé jeudi à un avocat, Me Olivier Brane, dont l’explosion a tué sur le coup la secrétaire qui a ouvert le colis et grièvement blessé l’avocat.
C’est effectivement une terrible affaire. Que l’acte soit celui d’un déséquilibré, une vengeance ou un acte terroriste, c’est un meurte.
Mais il y a un autre aspect de cette affaire, qui nous intéresse aujourd’hui. Cet attentat, dans son traitement médiatique, révèle tous les mécanismes du refoulement et de l’autocensure.
Qu’on en juge par deux articles d’hier soir.
Sur TF.fr : « L’explosion s’est produite jeudi dans un immeuble du VIIIe arrondissement de Paris, où travaillait Nicolas Sarkozy quand il était encore avocat d’affaires. Mais le chef de l’Etat n’était semble-t-il pas visé. Il n’y a "pas de raison d’aller à l’encontre" des déclarations du procureur de Paris, selon qui le président n’était pas la cible, a déclaré sur RTL le porte-parole de l’Elysée, David Martinon. » Qui peut y comprendre quelque chose ? Comment le fait que M. Sarkozy ait travaillé, autrefois, dans le bâtiment a-t-il pu, fût-ce une seconde, laisser penser à un attentat contre le chef de l’Etat ? Bizarre construction journalistique, non ?
Le Figaro, d’ailleurs, traite l’affaire sans faire la moindre allusion à M. Sarkozy. Le seul problème est qu’on se demande un peu, à la lecture de l’article, pourquoi la ministre de l’Intérieur est revenue en toute hâte de Bruxelles pour une sordide affaire de vengeance d’un client mécontent (apparemment) et pourquoi c’est le porte-parole de l’Elysée qui commente les développements de l’enquête.
Nouvel Obs ? Pas mieux.
AFP ? Pas mieux non plus. On en vient à se demander pourquoi les enquêteurs ont "écarté a priori la piste politique" ?
Le Monde ? Ah, c’est étrange, la même curieuse phrase que sur TF : « L’explosion s’est produite dans un immeuble du VIIIe arrondissement de Paris, où travaillait Nicolas Sarkozy quand il était encore avocat d’affaires mais le chef de l’Etat n’était semble-t-il pas visé. » Avec le même étrange non-dit : est-ce que tous les endroits où est passé Sarkozy deviendraient des cibles potentielles ? Et la maternelle de son enfance, est-elle menacée aussi ?
20 minutes ? Ca va. Pas de Sarko du tout, ni de MAM. Juste cette curieuse phrase (puisque le suspect a été finalement relâché) : « Le fait que le paquet piégé était adressé uniquement à Me Olivier Brane semble donc obscurcir davantage le mystère de cette explosion. »
Et ainsi de suite.
Pas besoin d’être psychanalyste pour voir à quel point toutes ces chroniques, visiblement savament inspirées par des communiqués de presse très bien écrits, sont construites en forme de déni.
De déni de quoi ? Mais de ce que les lecteurs de Betapolitique savent bien ! M. Sarkozy, quoi que Président de la République et récemment augmenté de 140 %, est toujours associé d’un cabinet d’avocats qui porte toujours son nom : le cabinet Claude - Sarkozy. Ce cabinet continue à travailler pour les villes de droite du 92, Neuilly, Puteaux, Courbevoie, et notamment à y traiter les affaires immobilières. Et M. Sarkozy continue d’en percevoir les dividendes. Expulsés de Puteaux, vous avez une consolation dans votre malheur : vous contribuez à payer la pension alimentaire de Cécilia. Oui, oui, la dame des couv de Gala, elle-même. ce sont des expulisions People.
Donc évidemment, quand une explosion a eu lieu au 52, avenue Malesherbes, adresse du cabinet Claude - Sarkozy, tout le monde a cru à un attentat contre le chef de l’Etat. D’où la tonalité des premières dépêches AFP dont nous nous sommes fait l’écho.
Dépêches bien ennuyeuses pour l’hôte de l’Elysée, qui a mis en branle la formidable machine à gommer toute allusion à son statut professionnel.
Et elle ne marche pas si mal, la machine. Jeudi, il est cité, vendredi, son nom est évité comme la peste. Aujourd’hui samedi, il aura été totalement oublié.
C’est bien la première fois !


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