Invitée à donner son avis sur Bertrand Delanoë, son "probable adversaire au poste de premier secretaire" du Parti socialiste, dans les colonnes du Journal du Dimanche d'hier, Ségolène Royal répond : "Je n'ai pas d'adversaire. Je ne suis contre personne, je suis pour que le congrès soit à la hauteur du défi historique qui est le sien aujourd'hui. J'ai rassemblé des équipes pour être avec elles en première ligne." A la question de savoir si elle est, elle-même, candidate à ce poste, la présidente PS de la région Poitou-Charentes indique que "ce n'est pas le problème pour l'instant" et ajoute : "Mon souci, c'est d'élever le débat entre socialistes. (...) Les adhérents n'ont pas été réellement consultés depuis la campagne présidentielle."
Ceux qui craignent le match Royal-Delanoë pensent qu'il va raviver les guerres internes. Le plus sage serait que les présidentiables se tiennent en réserve et s'accordent sur un premier secrétaire dépourvu d'ambitions élyséennes. Ils reprennent la métaphore utilisée par "Ségolène" en 1995, lors de la première primaire socialiste quand Jospin affrontait le premier secrétaire Emmanuelli : "Deux trains sont lancés l'un contre l'autre. Ecartez-vous des voies!" Il est vrai qu'un match Royal-Delanoë ne solderait pas la compétition pour 2012, le perdant rêvant de revanche. Un "second couteau" à la tête du PS ne réglerait pas la question du leadership.
A sept mois du congrès, qui aura lieu du 7 au 9 novembre sans doute à Toulouse, les deux rivaux affûtent leurs armes. Au soir du 6 mai 2007, Ségolène Royal s'est déclarée disponible pour prendre la tête de l'opposition. La coutume socialiste aurait logiquement dû conduire, compte tenu de la légitimité que lui conféraient ses 17 millions de voix, à ce qu'elle prenne la direction du PS. En 1974, après sa défaite, François Mitterrand était resté premier secrétaire. En 1995, Lionel Jospin l'était redevenu. Mais, en 2007, l'appareil s'est empressé de rejeter une candidate qui n'avait cessé de le tenir à distance. La rupture privée entre "Ségolène" et "François" a rendu un tel scénario encore plus irréalisable.
Des deux challengers, elle est la plus déterminée. En septembre 2007, elle avait mis trois conditions à sa candidature : "si je le veux", "si je suis bien accompagnée" et "si cela correspond à l'intérêt des socialistes et donc à l'intérêt du pays". Aujourd'hui, elle le veut et elle est accompagnée. François Rebsamen, numéro deux du PS, les anciens ministres Michel Sapin et Jean-Louis Bianco, des quadras comme Manuel Valls, maire d'Evry, et Guillaume Garot, nouveau maire de Laval, le premier secrétaire de la fédération du Nord, Gilles Pargneaux et des présidents de région la soutiennent. Il lui reste à rassembler les socialistes. En adressant, le 4 avril, 10 questions aux militants à partir d'une thématique habile – "Comment le congrès du Parti socialiste peut-il être utile aux Français?" - Royal fait coup double. Elle aborde la rénovation à partir des "valeurs" du PS, ne voulant pas "se contenter d'aménager le capitalisme financier à la marge". Elle prend de vitesse son concurrent virtuel en le défiant sur le terrain de la démocratie participative.
Bertrand Delanoë a moins de cartes en mains. Obligé de se tenir en dehors du jeu interne pendant la campagne municipale, il n'a pas esquissé de projet national ni de pistes de rénovation. Le soutien que lui apporte Lionel Jospin, qui participe aux réunions hebdomadaires de ses amis, le handicape car il le renvoie à l'image traditionnelle du parti d'Epinay. Son atout est l'appui de Patrick Bloche, le patron de la puissante fédération de Paris mais elle est plutôt "strauss-kahnienne". Certains proches de Bertrand Delanoë n'excluent pas qu'il renonce à se présenter à la tête du PS et qu'il postule, en 2010, pour la présidence de la région Ile-de-France, ce qui lui donnerait un beau tremplin pour l'Elysée en 2012.


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