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Samedi 17 mai 2008

Pourquoi ils se détestent

Eric Mandonnet, Ludovic Vigogne

Ils continuent de travailler ensemble, mais, entre eux, la rupture est consommée: l'hiver a été fatal au couple exécutif. Au terme de la première année du quinquennat a commencé une nouvelle phase entre le président et le chef du gouvernement, entre l'Elysée et Matignon. Enquête sur une guerre secrète au sommet de l'Etat.


Glaciale, la photo, publiée dans Le JDD du 27 avril, qui montre le face-à-face entre le président et son Premier ministre, ne contribue pas à l'apaisement.

e fut une photo si compliquée à réaliser. Et finalement ratée. Une photo dont la genèse montre la difficulté, aujourd'hui, de mettre le président de la République et le Premier ministre sur un même cliché - tout simplement parce qu'ils ne peuvent plus s'encadrer. A la mi-avril, pour donner l'illusion d'un couple exécutif uni, l'idée germe au sommet de l'Etat d'organiser un repas entre Nicolas Sarkozy et François Fillon, accompagnés de leurs épouses, Carla la Franco-Italienne et Penelope la Galloise. La preuve par l'image de la bonne entente, avec travail et convivialité au menu - le moment retenu est celui d'un week-end.

Un hic empêche le clic: le président refuse. Dîner (le 26 avril) avec le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, et Christine Ockrent, en présence de l'acteur Jean Reno et de son épouse, c'est un plaisir. Dîner (le 3 mai) avec le ministre du Travail, Xavier Bertrand, et sa femme, ainsi que Luc Ferry et Madame, un autre moment agréable. Mais c'est demander au chef de l'Etat un effort trop important que de jouer ce jeu de rôle - oui, simuler l'entente avec son chef de gouvernement aurait relevé pour lui du rôle de composition. Pas de repas, donc. C'est le secrétaire général de la présidence, Claude Guéant, qui s'acquitte de la tâche en déjeunant, toutes les trois semaines environ, avec le Premier ministre, à Matignon.

©Amar ABD Rabbo/ Abaca - Paul Hackett/ Reuters

L'Elysée imagine alors une autre mise en scène. François Fillon est ainsi informé que son rendez-vous qui précède le Conseil des ministres du mercredi 23 avril aura lieu en présence d'un photographe. Un tête-à-tête, afin que personne ne doute de la cohésion du tandem? Le cliché montre, dans une ambiance qui paraît glaciale, le président assis sur un canapé, avec le chef du gouvernement, sur un fauteuil, en face de lui, et Claude Guéant. Publiée dans Le Journal du dimanche, le 27, la photo ne contribue pas à l'apaisement. D'autant que les propos tenus par le Premier ministre, dans l'interview qu'il accorde à l'hebdomadaire, provoquent une irritation supplémentaire de Nicolas Sarkozy. «Qu'il y ait eu, entre nous, des moments de tension (...), c'est normal», avance François Fillon, pensant juste répéter ce qu'il avait expliqué sur RTL, le 13 janvier: «Il nous a fallu un peu de temps pour trouver le bon mode de fonctionnement.» Or, à l'Elysée, cette vérité-là déplaît. Il est vrai qu'il est inhabituel, dans la Ve République, qu'un chef de gouvernement évoque publiquement ses difficultés avec le président.

Rien, décidément, ne va plus entre les deux hommes. Nicolas Sarkozy choisit de taper du poing sur la table. Il convoque le Premier ministre pour un entretien secret, qui ne figurera pas dans son agenda. Le mercredi 30 avril, il revient de Tunisie à l'heure du déjeuner; à 15 h 30, François Fillon quitte l'Assemblée nationale au milieu de la séance des questions d'actualité. Il traverse la Seine et se rend à l'Elysée. Devant certains visiteurs, le président n'a pas dissimulé son exaspération: «Je vais lui dire de se bouger maintenant!» Le début de la conversation est brutal: il s'agit bien d'une séance de recadrage. «Une discussion franche», raconte un conseiller du Premier ministre, tandis qu'un autre précise: «Comme d'habitude, il y a eu beaucoup d'agacement au début, puis cela s'est dégonflé.» Nicolas Sarkozy reproche à François Fillon ce qu'il considère comme une faute de langage - l'évocation de leurs désaccords - et lui répète qu'il doit être heureux à Matignon. Il ne le comprend pas et interprète son absence de bonheur comme un manque de sens politique et de volonté de combattre. «Fillon le désespère», assène même un proche de l'Elysée. Claude Guéant constate: «Ils travaillent ensemble. Ce n'est pas la peine de savoir s'il y a, en plus, de l'affection entre eux.»

Source: www.lexpress.fr/


par dgi, militant socialiste
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