SEGOLENE ROYAL AU GRAND JOURNAL DU 24 NOVEMBRE COMMENTANT LE COMMISSION DE RECOLLEMENT
Comme après toutes les convulsions, il y a, au PS, les déçus, les dégoûtés, les blessés, les revanchards. On devrait dire qu’il y a, comme après toute bataille, les gagnants et les perdants
officiels qui ne sont peut-être pas ceux qu’on croit. Il y a même les pacificateurs, tel Arnaud de Montebourg, étrangement silencieux ces dernières semaines, et qui voudrait mettre tout le
monde d’accord car, pour lui, "de la vieille chenille va sortir un nouveau papillon". Sans doute peut-il d’ores et déjà ranger ses espoirs.
« Pas de cohabitation … »
Même si la nouvelle patronne a été plus conciliante dans les mots, l’un des lieutenants de la coalition Aubry, Claude Bartolone, a dit sans ambages qu’il ne souhaitait pas au sein du PS, «
une espèce de cohabitation de deux lignes politique qui donne l'impression à la sortie que plus personne ne dit rien ». Cela a le mérite de la clarté. *
Royal va jeter les bases d’un contre-parti
Et Ségolène Royal a fait de même de son côté en assurant qu'elle "continue plus que jamais", annonçant "des actions, des réflexions" car "2012 c'est demain", allusion à la prochaine
présidentielle. Alors que Martine Aubry hérite d’un parti fourbu dont les blessures seront difficiles à cicatriser, Ségolène Royal a déjà présenté une sorte de contre-programme : "Nous allons
organiser des universités populaires, nous allons organiser dans des fédérations qui partagent notre idéal des adhésions à 20 euros, nous allons mettre en place une nouvelle forme de
militantisme". Un contre-parti à l’intérieur du PS.
Car même vaincue, Royal a peut-être gagné
"La transformation du Parti socialiste est en marche. La transformation, le changement, nous allons les faire là où nous sommes, là où nous sommes implantés (….) Je vais avoir du temps par la
force des choses. Vous me connaissez, je ne reste jamais les bras ballants!". Car pour elle, persuadée d’avoir convaincu « la moitié des militants qu’il fallait une transformation profonde
et, précise-t-elle, « la moitié, que dis-je, sans doute un peu plus... », 2012 c’est bientôt. Car même vaincue, Royal a peut-être gagné. Une moitié des militants souhaite désormais en finir
avec les vieilles pratiques.
Royal, la conquérante et Aubry, l’héritière
Et contrairement à ce qu’on a laissé entendre, Ségolène Royal n’est pas une marginale au PS. Elle est le produit de ce parti, même si son nouveau statut d’opposante en chef, plus que celui de
patronne du parti, de lui permettre d’user de ses qualités politiques sans que ses défauts les annulent. Car, au-delà de leurs qualités respectives, il y a une différence fondamentale entre
les deux femmes, Royal est une conquérante alors qu’Aubry est une héritière. La Maire de Lille ne l’est devenue que grâce au soutien de Pierre Mauroy alors que Ségolène Royal, plutôt isolée
dans le milieu socialiste, a certes été très aidée au départ par Mitterrand, mais n’a jamais manqué de cran en cherchant à prendre à deux reprises la mairie de Niort, puis en s’emparant du
Poitou-Charentes en pleine période Raffarin.
Nouvelle génération et pack d’éléphants
Ce qui explique qu’elle ait réussi à agréger autour d’elle toute une nouvelle génération soucieuse de changement et de nouvelles pratiques alors que Martine Aubry dispose d’un pack (trop)
bien garni d’éléphants : Fabius, Jospin, Rocard, Mauroy, Jack Lang, Strauss-Kahn, Delanoë et même… André Laignel qui s’était rendu célèbre après la vague rose de 1981 par cette phrase
prononcée au congrès de Valence : "Vous avez juridiquement tort car vous êtes politiquement minoritaires"….