Soixante ans de Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen. Un texte, et plus qu’un texte, la parole vibrante, fragile, d’une humanité qui s’éveille à elle-même et se donne sa propre loi. Pour la liberté. Pour le droit à vivre dans la dignité.
En soixante ans, les droits de l’homme ont quoi qu’on en dise progressé. Il y a une loi internationale. Et il y a une Cour pénale internationale pour la faire
respecter. Les hors-la-loi, les tortionnaires, les dictateurs peuvent être poursuivis partout.
La Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen a servi de source à toutes les conventions internationales, pour interdire les armes chimiques et bactériologiques, pour affirmer les droits inaliénables des femmes et des enfants.
Sans la frontière que la Déclaration trace entre l’humain et l’inhumain, les régimes de terreur ne chercheraient même plus à se donner un semblant de respectabilité. Preuve ténue d’une victoire au moins morale, quand les bourreaux cherchent à faire oublier ce qu’ils sont…
Et pourtant, les motifs d’inquiétudes demeurent plus forts que jamais. Il reste un travail de Sisyphe à mener pour que chaque être humain sur cette terre parvienne
à vivre dignement et jouisse de ses droits les plus fondamentaux, politiques et sociaux.
On assiste éberlués au sauvetage d’un système financier qui a mené le monde au bord du chaos, quand cet argent aurait permis de résorber plusieurs fois la dette de l’ensemble des pays africains. Surtout, ceux qui devraient être les fers de lance des droits de l’homme entretiennent un écart croissant entre le discours et les actes. Une incapacité chronique à tenir une ligne de force sur les droits de l’homme.
Ce décalage, il prospère au cœur de nos démocraties, ces mêmes démocraties qui se veulent exemplaires : comment ne pas être choqué par le sort réservé aux sans-abris qui meurent de froid chaque hiver en France ? comment ne pas être révolté par l’état des prisons françaises, où promiscuité et surpopulations abolissent l’idée élémentaire de dignité ?
Souvent oublieuses des droits qui les fondent chez elles, nos démocraties entretiennent un double discours dangereux quand il s’agit de défendre les droits de l’homme ailleurs dans le monde. La France de Nicolas Sarkozy n’est pas en reste, elle qui fait de Vladimir Poutine un ami après l’avoir imprudemment voué aux gémonies.
Ce décalage est sans doute en partie inévitable. Car ne nous piquons pas de mots. La paix et la stabilité exigent de parler avec des régimes que nous n’aimons pas et avec lesquels nous n’avons pas d’affinités.
Nous ne demandons pas au Président de la République de rompre tout dialogue avec les trois quarts des Etats de la planète. Nous ne lui demandons pas d’ignorer le commerce extérieur. Nous lui demandons juste de se fixer une doctrine sur les droits de l’homme et d’en rendre compte.
Le meilleur moyen de pousser nos intérêts commerciaux, en Chine par exemple, ne consiste certainement pas à abdiquer toute fermeté avec Pékin sur les droits fondamentaux ou le Tibet. Ou pire encore, céder un jour aux exigences posées par le Président Hu Jintao, et se rebiffer ensuite, par crainte d’une opinion publique française heureusement attachée à l’indépendance de sa politique étrangère et aux droits de l’homme.
Car le résultat de cette politique improbable, c’est un étrange sentiment de flottement et d’hésitations, un gouvernement chinois furieux parce que la règle n’a pas été posée dès le départ, un gouvernement tibétain en exil incapable de comprendre la ligne de la France à son endroit.
La politique étrangère de la France ne doit pas être naïve. Mais au nom d’un intérêt national mal compris, elle ne doit pas conduire à cautionner l’inacceptable. Plus que jamais, nous avons besoin d’une règle de conduite, avec deux impératifs : ne jamais en rabattre sur nos valeurs et nos exigences dans nos relations avec des Etats non démocratiques ; en référer toujours aux citoyens et à la représentation nationale.
Car en ce domaine comme en d’autres, ce sont les citoyens qui doivent avoir le dernier mot. C’est eux qui peuvent veiller à ce que nos démocraties deviennent plus exemplaires, chez elles et sur la scène internationale.
Stéphane Hessel, co-rédacteur de la Déclaration universelle des Droits de l'homme, a donné un très beau discours à l'occasion du 60è anniversaire de la
déclaration, à Paris, le 11 décembre. Ségolène Royal s'est rendu à la célébration et a le plaisir de partager avec vous les extraits de ce discours.
Voir les extraits du discours de Stéphane Hessel :